Malentendu : mot à lire… mot pour le dire…

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Malentendu : mot à lire… mot pour le dire…

Définition
  • Sur Cnrtl : « Qui témoigne d’une divergence d’appréciation ; qui ne convient pas… Divergence d’interprétation sur la signification de propos ou d’actes entraînant un désaccord… Désaccord entraîné par une telle divergence. » Cf aussi les citations proposées.
  • Le petit Larousse indique : divergence d’interprétation entre personnes qui croyait se comprendre (voir équivoque, erreur, méprise, quiproquo)
    Mots qui provoquent des malentendus… Par extension, désaccord qu’implique cette divergence.
  • Le Larousse en 10 volumes est plus concis : « Action de se méprendre sur le sens d’une parole : méprise, désaccord ». Les préfixes des synonymes proposés : di(verger) ; équi(voque) ; mé(pendre) ; dés(accord) indiquent tous un double sens , une interprétation divergente.
 
Formation du mot
  • Dictionnaire Etymologie : « divergence d’interprétation sur des paroles et des actes, qui empêche l’accord »… De mal et de entendu (entendre).

Usages
Le mot et ses conséquences
  • Javier Cercas dans « Les lois de la frontière » (Actes Sud 2014) écrit : « Les meilleurs choses qui me sont arrivées dans ma vie me sont arrivées à cause d’un malentendu parce qu’un libre horrible m’a plus et que j’ai pris un malfrat pour un héros. »
  • Eric Fottorino dans son journal « Le Un » N°4 affirme n’avoir rien compris de ce qu’il lisait : « …ce qui me laissait perplexe, avec l’idée que les mots sont d’abord de joyeux malentendus. »

Dans les deux exemples ci-dessus, l’accent est mis sur la compréhension, l’interprétation (entendre : le sens de comprendre) : l’un accuse les mots donc l’auteur, l’autre accuse le lecteur.

L’auteur, source de malentendus

  • Dans l’énonciation, la personne du récit dépend du narrateur.
    -> Le narrateur-auteur-omniscient choisit en général de parler à la 37e personne (sauf en cas d’autobiographie)
    -> Le narrateur peut être « je »  : ce qui tend à valoriser son discours ; il peut être « il » et se focaliser sur un personnage du récit.
    La personne choisie (il ou je) est constante dans une œuvre, sinon le lecteur est troublé, revient en arrière, poursuit le texte et perturbe sa lecture. ainsi en est-il dans « Les lois de la frontière » de Javier Cercas où le « je » désigne soit un adolescent, héros du livre, soit un policier, soit un avocat ; de plus, ce « je » démarre chacun des paragraphes : la lecture alors perd de son intérêt et provoque un malentendu qu’il faut résoudre. On feuillette alors le livre jusqu’à la page 145 qui éclaire enfin le lecteur. La lecture total est alors compromise.
  • La conception de l’ouvrage est variée, mais elle doit être perçue dès le premier regard : parties, chapitre titrés ou non, types de caractère, références etc.
    Le premier contact suggère ou non la lecture mais le lecteur doit être vigilant.
  • Un style clair s’impose pour éviter les malentendus. Il englobe le type de phrase, les mots, les signes de ponctuation, les blancs… le rythme de la phrase, ses variétés, ses sonorités etc.
    Les écrivains sont exigeants à cet égard : il n’est que de voir les pages manuscrites, leurs ratures [1] et la correction.
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    Flaubert rature

Le lecteur, acteur de malentendus

Tout dépend de son envie de lire, de sa disponibilité, de son attention, de son exigence.
Dans « Les Mots », Jean-Paul Sartre fait plusieurs allusions au lecteur - il est vrai que les chapitres sont intitulés Lire -.
Dans cet extrait, le malentendu existe dès l’acte de lire : Il (Charles) se retournait vers Louise et lui ôtait des mains son roman : « Charles ! s’écriait-elle furieuse, tu vas me perdre ma page ! » Déjà, les sourcils hauts, il lisait : brusquement son index frappait la brochure : « Comprends pas ! » - Mais comment veux-tu comprendre ? disait ma grand-mère : tu lis par dedans !

La concentration évite le malentendu. La mère de Jean-Paul Sartre lit et l’enfant écoute : « … j’étais en exil. et puis je ne reconnaissais pas son langage. Où trouvait-elle cette assurance ? au bout d’un instant j’avais compris : c’était le livre qui parlait. Des phrases en sortaient qui me faisaient peur : c’étaient de vrais mille-pattes, elles grouillaient de syllabes et de lettres, étiraient leurs diphtongues, faisaient vibrer les doubles consonnes ; … riches de mots inconnus, elles s’enchantaient d’elles-mêmes et de leurs méandres sans se soucier de moi : quelquefois elles disparaissaient avant que j’eusse pu les comprendre, d’autres fois j’avais compris d’avance… »

La lecture rapide, la lecture fragmentaire, la lecture superficielle, si elles s’imposent pour certains supports (journaux, compte-rendus, notices…) peuvent créer des malentendus quand il s’agit d’œuvres littéraires où il est impératif de lire de bout en bout. Gérard Conio [2] dans ’’Lire Proust« (1989) explicite cette opinion :  »Parmi les idées reçues qui détournent souvent les lecteurs de l’œuvre de Proust, il n’y en a pas de plus répandue que celle qui fait de cet auteur un écrivain obscur et ennuyeux, à la syntaxe compliquée, aux longues phrases rebutantes. Or, il n’est pas d’idée plus fausse. Il suffit de lire Proust pour découvrir le contraire de ce lieu commun qui est non seulement un contresens sur l’œuvre d’un écrivain particulier, mais sur ce que doit être un bon usage de la lecture" [3].

Ce « bon usage » implique une certaine distanciation. Il peut être dangereux de s’identifier à un personnage de roman. Certes, l’identification est plus légère que pour le cinéphile, mais elle peut néanmoins entraîner des comportements condamnables : il est tentant d’être Gentleman cambrioleur à l’Arsène Lupin non seulement en pensée mais en fait.… L’auteur n’a pas voulu ce malentendu, au lecteur de ne pas être naïf et de comprendre que dans tout texte écrit, il y a une fiction.

 
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Suggéré par MA.AP

Commentaires

Mar, 13 mai 2014 21:48:54 de M Filinger
« Lira bien qui lira le dernier », dit Genette.

Je propose un extrait de la page 23 du "Rapport au ministre de l’Éducation nationale, intitulé : « L’enseignement du fait religieux dans l’école laïque » de Monsieur Régis Debray (février 2002) - Téléchargement ici publié chez Odile Jacob / Scéren, 2002, 60 p.

=> « Au chapitre »Quelles résistances ?"  :
« Ces objections ont leur validité. Elles s’alignent cependant pour partie à un certain nombre de malentendus, ou d’amalgames machinaux, qu’il serait précautionneux de dissiper d’emblée, avant de se risquer aux exercices pratiques. Le premier des quiproquos : l’enseignement du religieux n’est pas un enseignement religieux.
Les vigilants défenseurs de la libre-pensée et de l’ »école émancipatrice« connaissent les distinguos qui suivent, mais ce qui va sans dire va toujours mieux quand cela est dit. »

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Albert Rouet : Nouvelle République - Enseignement Fait Religieux

Avec les encouragements de Jack Lang et la contribution de l’ami Régis Debray, j’ai organisé le 23 février 2003 Salle des fêtes de Terves 79300 une réunion-débat avec Mgr l’archevêque de Poitiers, Albert Rouet. Une rencontre efficace.

=> Quelques extraits : A un professeur de français à la retraite qui exprimait ses doutes quant aux conséquences de l’enseignement du fait religieux à l’école publique, Mgr Albert Rouet a répondu « J’explique cette précipitation à vouloir enseigner le fait religieux (et non la foi) à la baisse de connaissances chez les jeunes observée par leurs enseignants, des connaissances en dessous du minimum utile pour comprendre notre patrimoine ».

Pour la petite histoire, l’ami archevêque émérite m’a demandé d’inclure un mot dans une prochaine dictée, que je donnerai bientôt à la table d’une auberge en Deux-Sèvres. Un mot qui sera dans le texte mais autrement… non entendu.

NB : Voir aussi à propos du rapport évoqué : L’Enseignement du fait religieux dans l’école laïque par Isabelle Saint Martin , Alain Bondeele , Jean Boussinesq / Islam - Laïcité - Athéisme Free - Compte-rendu par Institut Européen en sciences des religions - Sélection des produits du réseau SCÉRÉN sur le fait religieux - Est-ce à l’école laïque de valoriser « le religieux » ? - Union rationaliste - L’enseignement du fait religieux par Christiane Berthomier, IA IPR, octobre 2005 - Culture religieuse et école laïque - Conférence-débat avec MM. Charles Beer, Régis Debray et Walo Hutmacher

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le 13 mai 2014 par Envie De Lire
modifie le 14 mai 2014