Envie de Lire : Capacités, conscience du numérique… et Pratiques, valeurs actuelles des relations humaines - Rôle des Universités à l’ère du Numérique

Informations pour votre compte
Authentification
Visiteurs : 1936 (4 par jour)
En débat

Envie de Lire : Capacités, conscience du numérique… et Pratiques, valeurs actuelles des relations humaines - Rôle des Universités à l’ère du Numérique

Le colloque Les Universités à l’ère du Numérique invite à diverses questions :

Faire aussi le rapprochement entre ce colloque et l’information sur l’impasse de la Langue Française pour la Présidence du Conseil de l’Union Européenne.

Cela pose entre autres les quelques repères suivants (cf aussi les commentaires ci-dessous) :

  • Si la tête de l’Europe ne parle plus en numérique français… Faut-il zapper le sujet de l’Europe dans l’enseignement universitaire francophone ?
  • Que sens donner au contenu numérique enseigné si une seule langue domine le monde des connaissances via internet ?
  • Pourquoi assurer, via l’université, la pérennité de données numériques qui font l’impasse sur une langue française pratiquée dans de nombreux pays ?
  • Les bibliothèques universitaires à l’ère du numérique doivent-elles aussi faire l’impasse sur tout ce qui est en langue française ?
  • Qu’est-ce que l’impératif numérique du point de vue du respect dans la diversité et la richesse des langues européennes et autres, y compris langues régionales ?
  • Si le numérique se veut élément structurant de l’enseignement supérieur et de la recherche : faut-il faire l’impasse sur la langue française dans les pratiques de gouvernance, de pédagogie…

Commentaires

Mer, 11/06/14 21:51 par Lisbelle
Prôner la préservation de la relation humaine

La thématique de ce colloque est, bien évidemment, au cœur des préoccupations dans les milieux universitaires : apport du numérique au niveau de la recherche (accès aux ouvrages, chercher autrement, accessibilité à distance…), incitations pour publier en virtuel. Personnellement, je suis engagée sur la thématique des humanités numériques et sur celle du patrimoine et de sa valorisation. Au delà des présentations proposées, on peut également penser au flashcode qui donne, en instantané, accès à quantité d’informations. Certains de mes collègues travaillent sur la question du musée numérique et des expositions numériques.

Ce colloque aborde aussi l’épineuse question de l’enseignement : les cours en ligne, l’enseignement virtuel. J’ai des amies qui travaillent ainsi au Canada : la technique permet l’accès des formations à des jeunes qui habitent au milieu de nulle part ! En tant qu’enseignante on ne peut qu’encourager cette volonté d’aller vers l’autre. Néanmoins, pour avoir participé à l’enseignement de ma collègue, je reconnais avoir éprouvé un sacré soulagement de ne pas devoir en passer par cette technicité ! Il est vrai que j’en suis encore à éviter le micro !… J’ai appris à poser ma voix pour défier les espaces pour pouvoir bouger comme bon me semble et pouvoir être AVEC mes étudiants. Et, de vous à moi, quelle différence dans la qualité de l’échange quand vous n’êtes pas coincés par la technique !… sans compter qu’il y a quantité de sensations, de vibrations (je sais, je l’emploie beaucoup celui-ci !), d’émotions qui ne sont pas bien faciles à percevoir par écrans interposés. J’ai même envie d’aller bien plus loin : voir « la couleur des chaussettes du prof » n’est pas totalement neutre dans la réussite du passage d’un message… Vous l’avez compris, j’ai parfaitement conscience des apports de ces techniques mais je prône la préservation de la relation HUMAINE.

Mais il ne faut pas se voiler la face, pour des questions d’économie mais aussi d’attractivité de ces nouvelles technologies, nous allons de plus en plus être invités à réfléchir l’enseignement via le numérique. D’ores et déjà, là où je suis, nous avons la possibilité d’espaces virtuels dédiés sur lesquels nous pouvons déposer des plans de cours, des articles, des bibliographies, des illustrations des cours. Les étudiants viennent s’y servir selon leur bon vouloir. C’est une possibilité de prolonger le cours et de faciliter le travail des étudiants. C’est aussi, certes, une forme d’assistanat, mais en termes de résultat, ça semble fonctionner plutôt pas mal. C’est peut-être un bon intermédiaire entre la salle de cours virtuelle et l’enseignement traditionnel.

Haut de Page

Jeu, 12/06/14 09:11 par Michel L
Quand le sage montre la lune, l’idiot regarde le doigt !

Ce qu’écrit Lisbelle est vraiment très intéressant. Elle touche là un point essentiel « sensible » sur lequel il ne messied pas de vouloir échanger en toute sérénité. J’entends déjà les réactions des belles dames, beaux messieurs de nos universités et consorts :
« Que vient-il faire là ce dernier de la liste et en quoi, bonnes gens, ses belles en robe des prés sont-elles concernées par le tout-à-l’écran ? »

Je répondrai qu’elles se fichent totalement de passer à l’écran d’ordinateur et sur une page de journal en compagnie d’une vedette de l’écran.

Mais l’éleveur, lui, mes amis qu’aurait-il à dire sur le colloque que Madame a ouï parler et sur lequel Monsieur nous informe avec sa diligence coutumière ?

Il dira qu’il se souvient d’une conférence au village donné par l’animateur, Secrétaire général de L’Université interdisciplinaire de Paris, auteur d’un livre « Notre existence a-t-elle un sens ? » qui m’a été recommandé par le physicien et académicien, Bernard d’Espagnat. (Je ne sais pourquoi, d’ailleurs, l’auteur me remercie pour mes conseils en cet ouvrage !)

Il a fallu pour la technique préparer la tribune pour y installer les écrans. Inutile de vous raconter ce genre d’épisode qui consiste à faire bien avec les services municipaux pour donner à voir... L’intendance a donc suivi et notre orateur en pleine campagne de donner conférence, écran à l’appui.

Que dire ? Eh bien, quand le sage montre la lune, l’idiot regarde le doigt ! On pourrait à loisir discuter sur l’écran qui nous fait voir le monde, sa prolifération, ses mutations, son évanescence et son omniprésence harcelante mais nous connaissons ces considérations.On ne va pas repasser le plat !

Il y a quelque chose qui sonne juste dans le propos de Lisbelle… L’écran ne fait et ne fera jamais tout. Il est aussi des idiosyncrasies qui « aiment » le micro et qui font corps avec… Mais si l’ange peut faire la bête, la bête ne fera jamais l’ange. Notre tribun au village s’est montré dans le coup et sans doute l’écran fût-il un adjuvant précieux pour donner à voir quelque chose de difficile à comprendre en matière de physique quantique et de l’interprétation de résultats connus… Et la lettre personnelle de l’expérimentateur Alain Aspect que j’ai tenu à lire n’est pas passé à l’écran mais a quand même fait son effet !

L’écran conditionne notre vision, a sa manière et il la fonde en nous permettant de voir tout en demeurant à l’abri.

Enfin, chers amis, « nous ne pouvons dissocier ce que l’on voit de ce qui nous le fait voir » (J.Derrida / B.Stiegler, Echographie de la télévision)

Relisez A.Leroi-Gourhan dans « Le geste et la parole » : « La syntaxe opératoire est proposée par la mémoire et naît entre le cerveau et le milieu matériel. Si l’on poursuit le parallèle avec le langage, le même processus est toujours présent. » cité dans « Sciences aujourd’hui », 1964, page 164)

Telle est maintenant la question : "Comment, dans cette ère de l’illsion du tout-à-l’écran pour tous, pouvons-nous encore détourner le regard, voir autrement ? Ana, Lisbelle, faites votre travail d’universitaire reconnu et répondez ! Cher Jacques, maître sonneur de matines, faites retentir à la ronde, la sonorité d’être de ces dames si tant est que leur musique puisse ébranler les murs de l’indifférence où s’accumule dans l’écranosphère un déficit de silence et d’invisible ! Sur notre premier écran pour notre vision qu’est la paupière, à quand les jolis papillons bleus de la fantaisie et de la liberté ?

Bien intéressant ce colloque mais que va-t-il apporter de nouveau ? N’est-ce pas une répétition obligatoire universitaire du colloque "Web participatif qui s’est tenu en mai 2008, à l’INRS, à Québec ? On peut s’étonner de la non présence par exemple du réalisateur, enseignant à l’Ecole des médias à l’UV du Québec à Montréal dont les travaux, les recherches sur la transformation de la présence par la prolifération des écrans sont connus aussi en France.

Autre champ et quittons sur-le-champ le médiologique pour aller vers ceux de l’essentiel en passant pas les chemins de chez nous que connaît bien Bernard du Club, l’éleveur et le peintre.

Facile de faire la critique - argumentée et justifiée sans doute - d’un milieu universitaire loin de nous mais plus délicat de s’attaquer à des pouvoirs locaux qui ne s’intéressent bien souvent qu’à ce qui tombe dans leur portefeuille à la fin du mois. Qu’il y ait, comme partout, des gens de grande probité, je veux bien mais là encore facile à dire… Thomas répond : Dites-moi où les trouver pour que je les touche, ces petits dieux, mon bon Seigneur !

Je vous quitte et de ce pas de côté m’en vais faire mon tour de champs.

Haut de Page

Vend, 13/06/14 11:25 par JC
Toujours ce regard vers le présent que l’on connaît et maîtrise… mais qui est déjà du passé… et on ne s’en rend compte qu’à postériori…

1- Vos propos mettent l’accent sur la richesse de contacts humains de visu
Bien sûr que c’est vrai…
Mais comme le passage de l’oral à l’écrit… celui du langage des signes ou communications non verbales, à la formalisation de sons ou d’une parole… ou encore la question de l’accès et de la diffusion en passant des copistes à l’imprimerie…

Il y a toujours ce regard vers le présent que l’on connaît et maîtrise… mais qui est déjà du passé… et on ne s’en rend compte qu’à postériori… lorsque le nouveau présent a acquis droit de cité… où s’est imposé dans les esprits, dans la langue, dans la façon dont les savoirs se transmettent.

Or comme le disait Ana sur Déclencher l’Envie de Lire… en commentaire de Oser des Labs Envie de Lire
« Même si notre cercle est restreint, le laboratoire « envie de lire » existe déjà. L’étincelle est toujours là. Et son essence aussi. »
… et pour ma part, c’est aussi une façon d’être avec…

2- L’épineuse question de l’enseignement
Comme déjà évoqué, l’enjeu n’est pas une nouvelle pédagogie, de nouveaux outils plus ou moins aisés d’apprentissage, une variété ou globalité des cibles étudiantes…
Il est dans la structuration même, non linéaire, des contenus à transmettre via l’enseignement.

C’est cela qui posera le plus de pbs au milieu enseignant (de la maternelle à l’université et aux grandes écoles…)
On peut largement considérer que la connaissance n’est pas picorée comme notre petite poucette…
… mais c’est la lisibilité, l’écriture, lecture de la connaissance qui sont en train de prendre la forme de discontinuités, en s’organisant par segments.

Très sincèrement, il faut vraiment méditer ce que R.Chartier avait évoqué dans sa leçon inaugurale au Collège de France « L’écrit et l’écran, une révolution en marche »
… tout simplement parce que le langage d’internet est discontinu… et structuré autour de fragments (par ex les liens hypertextes permettant de naviguer au gré des sollicitations).
Et le web sémantique comme les objets communicants vont renforcer cela.

Derrière cette question, il y a plus généralement la posture physique de l’enseignant (universitaire, littéraire, scientifique)… qui à des degrés divers sont tous dans une logique de tréteaux … de mise en scène de leur représentation. Qu’il s’agisse d’une scène pour jouer du théâtre, d’une scène d’amphi universitaire, d’une tribune de village, d’une scène tréteaux de télé, radio etc…

Là encore le numérique en fragments fait imploser cette scénographie qui nous vient de bien, bien loin !
Et à ce titre, si vous avez raison de vous focaliser sur l’écran (qui ne fait et ne fera jamais tout)… aujourd’hui… . Mais cette intermédiaire (qui est aussi scène à travers…) n’est que temporaire puisque les nouvelles interfaces interactives vont s’instiller dans tous nos objets, tissus, murs… nature, corps, habitat, mobilité, commodités… associées aux nanotechnologies.

A ces divers titres, il s’agit bien d’une mutation profonde du geste et de la parole … et ainsi de notre vision du monde, des Autres et de l’Autrement. D’autres vibrations par écrans et objets communicants interposés… peut-être pour réinventer ce qu’est le contenu du mot « enseignement » ?
Comme d’autres évolutions technologiques de l’humanité… le numérique finira pas s’effacer, ne plus être perçu. Il sera alors omniprésent et dans la norme…

Bien sûr nombre de soubresauts vont encore l’accompagner dont l’incidence sur l’emploi et les statuts sociaux. Cf à méditer : L’I.A. (Intelligence Artificielle) pourrait faire disparaître 140 millions d’emplois qualifiés à l’horizon 2025… .

3- Les rythmes respectifs
Que ce soit dans l’apprentissage des nouveaux horizons ou dans la façon d’opérer, chacune et chacun a son rythme.
De plus en plus les conflits et contradictions viendront de cette difficulté à combiner, faire interagir des rythmes… même « bardés » de toutes les évolutions et mutations évoquées ci-dessus.
C’est de là que viendront les marginalisations douloureuses de notre siècle.

Haut de Page

Haut de Page

Pensez à nous faire partager vos commentaires sur le présent propos….



le 2 août 2014 par Envie De Lire
modifie le 2 août 2014