CR réunion « Du fonds des livres… au… fond des choses » - Vendredi 13 décembre 2013 - Salle du Noiron, Noirterre

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Compte-Rendu

CR réunion « Du fonds des livres… au… fond des choses » - Vendredi 13 décembre 2013 - Salle du Noiron, Noirterre


Organisateurs de la rencontre : Association FILIGRANE - Lire et écrire en Deux-Sèvres
Librairie « LE FAUTEUIL » Bressuire
- Cf invitation en fin d’article.

Introduction
  • Présentation et historique de la maison de la presse de Bressuire appelée maintenant « Le Fauteuil » au 21 rue de la Huchette.
  • Présentation de l’association « Filigrane » qui a rendu un vibrant hommage à Monsieur Pierre Valteau, maire délégué de la commune associée de Noirterre qui a permis à un petit groupe informel de paysans et d’ouvriers du Bocage bressuirais de lancer une dictée, en juillet 1991, à la salle municipale de Noirterre. Une initiative encouragée par M.Dominique Paillé, député de la circonscription, et ensuite par M.François Bayrou, en 1994, ministre de l’Education nationale qui a demandé au dit groupe de créer une association, en proposant une aide. Dont acte. En 2000, le ministre de l’Education nationale, M.Jack Lang, a exhorté et aidé l’association sur sa lancée du championnat départemental d’orthographe des Deux-Sèvres qui fut accueilli, chaque année, par une ville différente du département. Et ce fut en point d’orgue, une dictée à la Sorbonne en 2009 et maintenant une dictée-repas annuelle en Deux-Sèvres.

 
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Préalable
  • Le Fauteuil s’est plu à insister sur le fait de l’importance d’une culture de terrain, une culture d’enracinement que l’on n’ impose pas et qui se réalise toute seule en s’ouvrant aux autres dans un élan de sauvegarde et de défense d’un patrimoine commun, autour d’une belle cause :la langue française.
    Ce fut une belle occasion pour Filigrane d’enchaîner sur cette notion des valeurs d’enracinement en un monde où la valeur des vacances entraîne, souvent, la vacance des valeurs.
    Pour Filigrane, l’enracinement est le contraire d’un repli et d’un quant-à-soi irraisonné. Il est frontière comme vaccin contre l’épidémie des murs, remède à l’indifférence et sauvegarde du vivant, comme l’écrit magistralement Régis Debray qui célèbre le devoir de frontière, telle une urgence en une France où tout ce qui pèse et qui compte se dit « sans frontières ».
  • Une question inattendue et surprenante de la salle a permis à Filigrane de rappeler à l’auditeur que l’oncle de Régis Debray lisait Proust au jardin en juillet 1943, à Bresssuire et que ce même Régis Debray a découvert pour la première fois, un jour, dans une ferme, à trois lieues de Noirterre en quelque commune du Bocage bressuirais dite associée et rayée de l’almanach du facteur, les « Mémoires » de cet oncle, M.Pierre Debray-Ritzen, intitulées « L’usure de l’âme ». Il n’avait qu’un seul mot à la bouche : incroyable !
    Peut-être mais vrai. Et Filigrane de confirmer la relation entre les familles Valteau et Debray durant une certaine période de notre histoire.
  • Revint sur la table la question de la mémoire sédimentée, la tradition enracinée, en somme un fonds. Un mot « ancien » qui n’exclut pas dans les formes élémentaires de la postmodernité, une pensée pirate (du verbe grec peirao), c’est-à-dire essayante…
    Et de ce fonds manquant, on passa tout de suite au fonds livresque avec des réponses aux questions posées par les organisateurs.

Réponses aux questions posées ou les sept fonds

Aux trois questions posées dans l’invitation :

  • Par les temps qui courent dits de « crise », le livre peut-il aider à vivre ?
  • La pratique des livres, dans notre vie, doit-elle se confiner à une marque de distinction ?
  • Et ne serait-ce point se fourvoyer que de dénoncer l’élitisme au lieu de faire que s’ouvre au plus grand nombre le règne émancipateur de la pensée dans les livres ?

 
Filigrane a répondu oui à la première, non à la seconde et évidemment à la troisième.

Voici une question spéciale posée de façon anonyme et à laquelle il a été répondu :

Un chômeur, Monsieur B…, de Bressuire (79), a écrit :

" Les livres, je veux bien mais en quoi peuvent-ils aider à vivre ? Je suis en chômage, divorcé, ma fille mariée est partie vivre avec une fille, je ne peux plus payer mon loyer et en plus, je suis malade. Une seule et unique question : Quel bouquin peut me sortir de la mouise ?« (Le Fauteuil avec intelligence, tact et délicatesse a su répondre à la question ; réponse confirmée par Filigrane qui cita un extrait du »Don des morts« de Danielle Sallenave pour qui »se cultiver« est un devoir, autant qu’un droit. »Dans l’ordre des revendications premières, le pain l’emportera toujours sur les livres ou, comme dit H.Arendt, l’appel de la misère l’emportera toujours sur l’appel à la liberté.") 1_ Monsieur Gérard Jadeau, de Boismé (79) : « Pour parler de l’enchantement des livres, on ne dit pas assez qu’il est double : il y a l’enchantement et il y a celui d’en parler. » (Amin Maalouf, Les désorientés)"

Madame Mabel Franzone (Professeur des universités France / Argentine) :

« Merci de votre invitation. Je ne peux pas y assister, mais j’accompagne cette initiative. Aujourd’hui, notre vie se passe entre deux écrans, entre la télévision et l’ordinateur, quel gâchis ! Je salue cette rencontre souhaitant une reconnaissance du livre, du bon vieux livre en papier et pas celui en version numérique. Que l’âme du Monde vous illumine ! »

Un artisan plâtrier-carreleur, retraité, écrivain, auteur du livre de témoignages : « Le piton des corbeaux », Monsieur Roger Talbot, de Bressuire (79) :

"Je n’oublie pas d’acheter quelques livres, même que je n’ai guère le temps à me consacrer de les lire, car mon occupation principale est de me balader, pour placer mes livres et de récupérer quelques invendus. Libéré de mon service militaire, je reconnais que je n’ai guère sorti afin de me plonger dans la lecture pour une période de six mois.  Pour moi, la lecture me détend, mais je tiens à approfondir le sujet tout en prenant le temps de bien assimiler le français, mais surtout l’orthographe. Je reconnais que ma priorité va à l’histoire ancienne « guerre de Vendée », 39 / 45 mais surtout la guerre 14 / 18. D’ailleurs, j’ai acheté récemment 33 livres anciens de cette dernière. Pour ne pas que mon livre soit une copie, j’ai lu un seul livre sur la guerre d’Algérie : « Otage d’Amirouche ». Après que j’aurai distribué mes quelques derniers livres-là, oui je souhaite bien me replonger dans la lecture."

Madame Ana Maria Peçanha  (Professeur des universités France / Brésil- Sociologue, Musicologue) :

"Mais oui, le livre nous aide à vivre !Pensons à toutes ces personnes souffrantes et aussi à d’autres qui lisent pour partager des mots de bonheur, un thème qui puisse les intéresser, quelque chose qui éveille ses sentiments, sa curiosité et apporte en plus de la connaissance. Mais oui, pourquoi pas ? Les distinctions que les livres apportent sont une ouverture d’esprit à la nouvelle connaissance qui arrive. Et ce n’est pas parce que quelqu’un lit, qu’il va avoir un signe, une marque de distinction. Il faut plutôt regarder si entre la lecture et la compréhension la liaison se fait. Ici il y autre chose à dire, oui les livres peuvent faire changer toute une vie, un destin, un caractère, la « route d’une existence ». Personnellement, les livres qui m’enchantent sont ceux qui font de ma vie une belle raison de vivre. Le plus grand nombre des publications sont faites pour changer le monde. C’est bien cela le rôle des livres dans nos sociétés. Enchanter et donner un apport scientifique ou autre à la vie de chacun. Les livres sont un véhicule de transformations. C’est la force du livre : pouvoir changer le monde. Et nous pouvons commencer pour chacun de nous."

Monsieur Philippe Loriot, de Saint-Herblain (44) (Informaticien - Champion de France d’orthographe, Champion de la dictée des Amériques, Vainqueur au championnat départemental d’orthographe des Deux-Sèvres) :

"Le livre, c’est la règle des trois libertés : liberté de lieu, vous lisez ou vous voulez ; liberté de temps, vous lisez quand vous voulez ; liberté d’action : vous lisez ce que vous voulez et plusieurs livres en même temps si vous le souhaitez. Le livre, c’est un moment de bien-être. Pour l’apprécier, je me plonge dans une musique, dans un paysage. j’aime faire des pauses dans ma lecture en profitant d’un environnement qui permet de prolonger la jubilation de la lecture. La lecture doit procurer de la jubilation, par le style, par l’histoire, par les informations qu’on y glane. Le livre, c’est la possibilité d’approfondir, ce que le temps d’un document ne permet pas. Le livre, c’est le droit à l’inattention, vous pouvez revenir à volonté sur votre lecture. Et pourtant, je lis de moins en moins.

Madame Sylvie Dallet (Professeur à l’université de Versailles) :

"Pour la soirée du 13 décembre dans le bocage bressuirais.

Les livres parlent.
Je pose sur ce papier la question de Bressuire et je vous y réponds par un exemple concret qui a structuré ma pensée du livre.
Il y a vingt ou trente ans, Louis Breuil, habitant d’un hameau forestier de Haute-Loire de huit maisons, Aurouze, où nous passions des vacances d’été, nous a fourni une réponse surprenante. Ma mère voulait remercier ce voisin, ouvrier et paysan, des menus services qu’il nous avait rendu dans le village et lui demanda ce qui pourrait lui faire plaisir. Il réfléchit un peu et nous demanda simplement de lui trouver les « Oraisons » de Bossuet, qu’il n’arrivait pas à se procurer dans la petite ville proche. Je me suis proposée de trouver une belle édition sur Paris et le souvenir de cette sévère mission me donne encore le sourire. Je crois que cette anecdote porte en elle beaucoup de sens et continue à donner de la joie aux personnes qui ont vécu ce moment : joie de trouver un philosophe qui, au fonds des forêts, se soucie d’une belle langue et de ses envolées imaginaires, qui emporte ses oraisons au fonds de sa poche pour les découvrir à loisir après son travail, en parle librement à quelqu’un en qui il a confiance. C’était son trésor que cette langue qui lui parlait à lui, Louis Breuil, lecteur après une lignée de lecteurs qui, années après années, avaient admiré cet auteur classique, Bossuet, que l’on découvre à l’école et que les hasards de la vie font durer dans le Forez, le soir, dans un cœur qui s’exalte à la lecture personnelle ou partagée. Ce texte parlait pourtant d’une autre époque, d’autres gens, dans une chaîne sensible qui reste l’apanage des livres, navires, porteurs de mondes immenses pour ceux qui ne voyagent pas.
Les livres offrent à peu de frais des amis fidèles qui vous comprennent dans les recoins de votre pensée et de vos sentiments. Ils apprivoisent le réel pour chacun et sont des alliés pour la vie, dans son quotidien.Les livres ouvrent les doubles portes du rêve et de la mémoire. C’est pour cela que, comme pour les amis et les vins, un livre libre évolue sur le long terme : il faut lire et relire, par petits bouts, dans tous les sens, sans pour cela commencer par le début du livre. Aujourd’hui, il me semble que beaucoup de personnes veulent être éditées, mais que la lecture fléchit et néglige les« bons auteurs », ceux dont la qualité a passé les ans et qui restent régulièrement à découvrir : Colette, Camus, Giono, Jules Verne, Balzac et tant d’autres sont des ouvertures concrètes entre le vécu et les éléments. L’été de Camus est une bouffée de soleil. Mes grands-parents, mes parents, de la campagne à la ville, étaient des liseurs acharnés, arpentant le monde par l’esprit, se cultivant et redistribuant cette richesse avec leurs familles et amis. Lire c’est apprendre et comprendre dans le secret, sans filtre ni professeur. Pour cela, je conseille d’entrer dans une bibliothèque ou une librairie et de naviguer dans ces mondes de papier au simple toucher : la main saura guider l’œil vers le livre qui lui convient, à la couverture, à la lecture du sommaire, à la phrase saisie au vol d’une lecture distraite ou diagonale. Et après cela, repartez avec un nouvel ami, votre livre, celui que vous aurez choisi…et qui vous aura choisi."

Sylvie Dallet (décembre 2013)-Institut Charles Cros-sylvie.dallet@uvsq.fr

Madame Marlène Belly (Maître de conférences associée à l’université de Poitiers, musicologue. Intervenante remarquée à la journée spéciale d’études sur Ernest Pérochon, au musée Bernard-Agesci, le 22 novembre 2013, à Niort.) :

« Le livre est une partition : il donne, dans une syntaxe connue du lecteur, absolument tous les composants de la Symphonie. Mais, aussi belle soit l’écriture, la partition ne fait pas la symphonie qui, elle, ne peut prendre vie que dans le transfert (nécessairement acte de recomposition pouvant aller jusqu’au contresens) du signe en son(s), du code en vibration(s). Or, l’auteur-compositeur n’accompagne pas le musicien dans cette démarche. Au moment de la lecture, il n’est, »tout simplement« pas là ! Il ne peut pas, non plus, avoir accès à tous les filtres propres à ce qui fait l’identité du lecteur et par lesquels son livre (de fait ouvert) passera. Certes par bienveillance, sérieux, respect, il se sera nourri d’autres livres et aura acquis un minimum de connaissances quant à la diversité/ complexité de cet ensemble de filtres.Mais, bien que précieux, ces outils du savoir, ne gomment en rien la position d’artifice que pose la lecture,corolaire indispensable au livre. Et, c’est probablement là que se rencontrent les extraordinaires apports mais aussi les limites, voire les dangers du livre. En ce sens, objet ni plus ni moins parfait que bien d’autres, pour le sûr insuffisant à lui seul, il est néanmoins unique et irremplaçable. »

Les textes de Mesdames les Professeurs, Madame Dallet et Madame Belly ont été fidèlement reproduits. (On peut penser que la ride grammaticale transgressant parfois la règle soit porteuse de sens)
Ces deux derniers textes ont fait l’objet d’un petit désaccord sur leurs qualités intrinsèques respectives ; une belle discussion entre le Fauteuil et Filigrane.
Si chacun en reconnaît le style, juger de la musique des mots pour guider les pas du lecteur, est une entreprise risquée.Autant attendre la suite enchantée ! Pause musicale de rigueur…obligée.

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Oeil oblique ou indifférence de passants honnêtes

Les politiques invités aux ébats du livre sur les bancs publics à l’alentour de Bressuire.
Ainsi fond , fonds, fonts…

Monsieur J D…agent territorial et missionné inter-régional auprès de l’Institut Atlantique de l’Aménagement du Territoire, écrit dans un message lié à la réunion sur le livre, à Noirterre :

« (…) du » fin fonds" de sa campagne-comme disent les aménageurs et autres développeurs territoriaux-en sa qualité d’intellectuel-paysan, il mène une action exemplaire en faveur du livre, des idées, de la pensée…comme on aimerait qu’il en soit ainsi dans tous les territoires de France et de Navarre ! Et puisque nous sommes à la veille d’élections, souhaitons que le livre, la pensée, les idées, la poésie, l’art, la philosophie soient également pris en compte dans les différents programmes de toutes les listes (…)Aussi, afin d’éviter une confusion constante entre loisirs et culture, nous suggérons la création de commissions, de délégués…dédiés à tous ces thèmes essentiels pour remporter les défis de demain. Ainsi, pourquoi pas, un poste d’adjoint à la connaissance, au savoir, au livre…dans chaque commune de France ? A vos réactions."

Les réactions ne se sont pas fait attendre …

et Filigrane précise en citant un professeur au Collège de France que les maisons de la culture ne datent pas d’hier et le désert arrogant de la culture accule au gémissement de l’Ecclésiaste : « vanité des vanités, tout est vanité ». Des commissions en plus, des adjoints en plus à la culture…mais pour quoi faire ?

La salle d’ajouter que les millions sans doute nécessaires dépensés dans les chapelles de la culture n’ont pas élevé le niveau intellectuel des gens en général et que tout reste à faire…
A commencer peut-être de faire l’effort d’acheter un livre dont le coût représente un repas au restaurant ! _ C’est un choix très personnel…
Quant au « il » kafkaïen en filigrane dans le message de Monsieur J D… on peut quand même s’interroger au risque de passer pour un éternel contradicteur sur l’exemplarité de l’action menée, qui n’a de sens que par des résultats obtenus. L’apôtre saintThomas a raison de voir et de toucher pour y croire…
Jouer le jeu du livre, d’accord ! Mais comment dans ce monde endormi qui n’a d’yeux que pour son téléphone portable ?

Monsieur J D…du réseau « Créativité et territoire »

…remercie celles et ceux qui ont réagi et propose d’aller au fond des choses, au risque d’y trouver un puits sans fonds ; écrit-il !
C’est ainsi qu’il continue : "Imaginons une banale commune de FRANCE.. .appelons-la Saint-Fons (3500 habitants).

Et Monsieur J D… de proposer un exercice aux habitants et citoyens de Saint-Fons en leur demandant s’ils voudraient susciter malgré tout un débat démocratique afin que des idées nouvelles pour la culture entre autres (mais pas que) voient le jour pour Mars 2014, et de poser la question : que faites-vous ?
Des créations de listes et d’associations culturelles à l’organisation d’un débat par internet… Que choisir ? Toujours le même refrain avec dans une démocratie qu n’est jamais donnée d’avance, renchérit un opérateur local qui pense que pour y contribuer, il faut y croire en creusant le sujet pour faire preuve de créativité dans le domaine de « la neutralité du net ».

Mais où sont les élus, qui pourraient répondre à la question ? s’inquiète un auditeur.

Et Filigrane de le rassurer :
La réunion est publique et annoncée dans la presse locale, vient qui veut ! Un élu concerné par les livres a été invité de même qu’un maire honoraire du bocage, écrivain à ses heures. Pour l’heure aucun commentaire de ces sympathiques personnes… ! Indifférence ?
Indifférence de la part de certains élus qui regardent de travers ce qui n’est pas dans le moule où ils ont été plus ou moins conditionnés, forgés. Mais de cela peu nous chaut !
Ne peut-on pas admettre une autre attitude qui suppose de ne pas se montrer indifférent à ceux qui se disent indifférents. Et à ce sujet, le livre d’Albert Rouet « L’étonnement de croire » est très édifiant car il en appelle non à un système religieux, mais une conduite. Et une conduite accompagnée.

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Expérience en soirée... avec les livres - Inédit

Filigrane raconte la rencontre récente avec un ami, maire honoraire d’une ville du Bocage et retraité de l’enseignement, au Fauteuil, à Bressuire.

L’ami s’est plu à dire en ce lieu béni de la pensée et du rêve, qu’il ne comprenait rien à rien au livre de Michel Serres intitulé : « Le Tiers-Instruit ».
Une occasion de demander à l’assistance son avis sur ce livre, en lui proposant d’écouter la lecture de quelques passages de cet ouvrage.
Les personnes présentes acquiescent et Filigrane ouvre le livre en lisant ces quelques phrases : "L’invention, légère, rit du mammouth, lourd ; elle porte en elle une subtilité insupportable aux grosses organisations qui ne font que répéter comme des perroquets et qui ne créent rien. Un enseignant doit enseigner, pas faire de la politique. Pour que l’invention coule de source, il faut une résistance qui intervient en quelque temps et quelque part.
Il faut donc chercher passionnément ce que vous êtes et non ce que l’on dit que vous êtes. Résistez aux influences et aux médailles."

N’en jetons plus ! Le public restreint et tout ouïe réagit incontinent : « On a compris, c’est très clair…et ça nous parle tellement ! »
Effectivement ça correspond et on réalise que plus d’un referme bien vite le livre…
Et à Noirterre, ce soir-là, vendredi treize, un Tiers-Etat actuel ouvrait « Le Tiers-Instruit »…et se réjouissait des mots justes de l’auteur.
Commence peut-être, par le livre, une sacrée révolution…Allez ça-voir !

La conclusion du Fauteuil ou le jardin extra-ordinaire

Filigrane laisse le soin à son voisin du Fauteuil qui connaît la musique pour avoir bien voulu accorder son luth à ce singulier colloque, de composer le mot de la fin dont il a le secret.
Le Fauteuil a bien aimé ce parler vrai qui sort des sentiers battus de l’ordinaire et du convenu. Le Fauteuil ne broie pas du noir et c’est heureux. Il précise bien et ne se voile pas la face pour l’exprimer ouvertement, que le métier difficile de libraire ne peut se soustraire de l’économique et que c’est un métier et qu’il faut bien essayer d’en vivre.
Cependant, la motivation est bien le goût du livre et ce bonheur de faire partager sans jamais l’imposer cette petite cantate presque inaudible mais réelle, qui accompagne les lieux de vie où le livre est mis en valeur. Monsieur Pierre Morin, le gérant du Fauteuil, s’est plu à dire et à redire que les jeunes lisent pour peu qu’on les exhorte dans cette voie et c’est ce qu’il fait en créant des moments de découverte et de lecture. Pari gagné ? Oui sans doute si les parents éduquent et les enseignants instruisent…Restera au libraire la part des anges arrivant dans un fauteuil. Mais il y faut pour ça… un peu d’imagination !

Une dernière impression.

Plus d’un au sortir de la réunion s’est dit en son for intérieur que le jeune et dynamique libraire du bas de la grand-rue, est effectivement un homme des livres.
Il faut que ça se sache ! Je l’ai vu et observé quand il a pris connaissance en diagonale d’une conclusion d’un projet écrit pour Gavroche et Marianne et venu du diable vauvert pour se retrouver sur une table municipale, un soir de décembre, près de la ville des herbages, chère au fiancé de l’institutrice d’Intermezzo (Acte III, scène III)
Il fut étonné tout simplement…

Une singulière reconnaissance avec Michel Serres

Vingt-deux ans de bénévolat à l’association Filigrane-Lire et écrire en Deux-Sèvres-
Ce vendredi treize décembre deux mille treize, Monsieur Michel Thibaud, agriculteur retraité à « Basse-Viande », de Noirterre, a reçu discrètement en récompense de son assiduité aux activités de l’association susmentionnée, une coupe « Filigrane » et une bouteille de vin fin et rare accompagnée d’un mot de Michel Serres : « Mais à qui n’a goûté ni senti, le savoir n’a pu venir. Parler ne vaut pas sapience, la première langue a besoin de la seconde.Ici, en filigrane, Sauternes bat Coca-Cola, à plate couture. »

Et le dernier mot qui n’est pas dit…

Invité à dire en fin de réunion, le mot de la langue française qu’il préfère, chacun a répondu à sa manière (Art, aurore, amour …)
Monsieur Roger Talbot a fait une réponse très originale : « Eh bien, en écoutant un footballeur professionnel prononcer dans une phrase de 60 mots, vingt fois le terme voilà, je dis que ma préférence est le contraire de ce mot-là. »

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Invitation-reunion sur le livre-Noirterre-13:12:2013

Compte-rendu proposé par
  • Association Filigrane-Lire et écrire en Deux-Sèvres - Michel Ligner
  • Librairie Le Fauteuil - Pierre Morin


le 27 décembre 2013 par Envie De Lire
modifie le 12 janvier 2014